Du Ridicule de nos plus Eminents Economistes

Ci-dessous un article publié par Courrier International fin 2004, rédigé par Robin Bew, Economiste en chef de l’Economist Intelligence Unit. Sans aucun doute quelqu’un de charmant. Mais quand on relit cet article on ne peut pas s’empêcher de sourire à posteriori…

  1. Il n’y a eu aucun ralentissement en 2005, mais plutôt une accélération. La Bourse de Paris a cloturé l’année 2005 en hausse de 23% !!!!

  2. Les Economies Emergentes d’Asie se portent très bien

  3. La conclusion de l’article « sauf si se produisait un choc réellement catastrophique (le pétrole à 70 dollars le baril, par exemple, ou un plongeon soudain du dollar » fait vraiment sourire, voir rire. En effet à l’heure de la rédaction de cet article, le pétrole est à environ 95 dollars le baril et les dollar est au plus bas face à l’Euro… Malgré ces 2 évènements plus que catastrophiques, l’Economie Mondiale se porte toujours à peu près bien.

  4. « la tendance sera indéniablement à la baisse » [pour 2005]… +23% pour le CAC40

Depuis cet article, les éléments d’inquiétudes persistent et certains sont devenus réalité (Crise de l’Immobilier + Crédit + Subprime aux USA). Les marchés financiers reviennent tout juste de plus hauts historiques et on commence à reparler de crise et de marchés baissiers. Il est toujours dangereux de s’amuser à prédire l’Avenir. Merci à M. Robin Bew.

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Le Monde en 2005: Attention, ralentissement économique en vue
Baisse de la demande aux Etats-Unis, tassement de l’expansion chinoise.
L’économie mondiale sera moins dynamique.

Source : Courrier International

Cela n’est peut-être pas évident pour tout le monde, mais l’économie mondiale est en plein boom. Depuis les sombres jours de 2001, où la majeure partie de la planète était plongée dans le marasme économique, la conjoncture s’est sensiblement améliorée. En 2004, le PIB mondial a progressé de 5 % environ, la plus forte croissance enregistrée depuis vingt ans. Le spectre de la récession s’éloignant, les réductions de coûts sont moins d’actualité, les ventes repartent et les entreprises se lancent dans des projets ambitieux dans des pays comme le Vietnam ou la Roumanie.

Cependant, la fête est bientôt finie.

Selon toute probabilité, 2004 aura été le point culminant de la période d’expansion économique. En 2005, la croissance mondiale devrait être de 4%, un chiffre encore raisonnable mais en baisse. Par conséquent, l’humeur des conseils d’administration, dans les mois à venir, va progressivement passer d’un bel optimisme à l’inquiétude face au manque de dynamisme de l’économie, puis à la nervosité devant l’aggravation des risques. Enfin, les dirigeants finiront par se rendre à l’évidence et par reconnaître la nécessité de s’adapter au ralentissement.

A première vue, la reprise de ces dernières années a eu des causes extraordinairement diverses. Mais après un examen approfondi, on s’aperçoit que seuls trois facteurs ont réellement influencé la croissance mondiale : la forte demande américaine, le boom de l’économie chinoise et l’argent bon marché. Et sur ces trois points, la donne commence à changer.

Prenons d’abord les Etats-Unis. La forte demande américaine a dopé la croissance mondiale ces dernières années. Elle est elle-même due en grande partie à l’extrême assouplissement des politiques budgétaire et monétaire menées respectivement par George W. Bush et Alan Greenspan, le président de la Réserve fédérale américaine. Mais il ne faut pas s’attendre à un nouveau coup de pouce de ce genre en 2005. Le déficit budgétaire des Etats-Unis, qui ne cesse de se creuser, exclut pratiquement de nouvelles réductions d’impôts ou un autre bond des dépenses publiques. Quant à la Réserve fédérale, elle est décidée à ramener les taux d’intérêt à un niveau plus normal. Aussi les ménages et les entreprises devront-ils mettre plus d’argent de côté chaque mois pour payer les intérêts de leurs dettes – dettes qui, dans le cas des particuliers, atteignent des niveaux record. La consommation aux Etats-Unis en subira inévitablement le contrecoup. Pour couronner le tout, le relèvement des taux d’intérêt aura des répercussions sur le marché immobilier. Depuis quelques années, les ménages satisfont leurs folles envies de dépenses grâce aux liquidités tirées de l’augmentation exagérée de la valeur de leur patrimoine immobilier. Ils ne le pourront plus, une fois les taux d’intérêt repartis à la hausse et les prix des logements à la baisse. Et si les prix de l’immobilier chutent – ce qui paraît probable dans certaines villes, les conséquences économiques seront graves, les consommateurs en venant à regarder leur endettement sous une autre perspective, plus inquiétante. Les faiblesses de l’économie américaine – endettement massif, surévaluation de l’immobilier, désintérêt pour l’épargne, occultées un temps grâce à l’expansion favorisée par le tandem Bush-Greenspan, deviendront par trop visibles en 2005.

Les capitaux risquent de fuir les pays émergents

La fin progressive d’un incroyable laxisme monétaire fera sentir ses effets bien au-delà des Etats-Unis. Elle aura également des conséquences sur les liquidités internationales. Lorsque les taux d’intérêt sont bas aux Etats-Unis, les capitaux des pays développés, en quête de rendements élevés, affluent vers les marchés émergents. Mais au fur et à mesure du renchérissement du loyer de l’argent aux Etats-Unis, les capitaux feront le chemin inverse en 2005, les marchés émergents les verront probablement partir, les investisseurs étant attirés par les meilleurs rendements des actifs en dollars.

En Chine, la croissance effrénée de ces dernières années devrait s’essouffler. Le gouvernement craint que, s’il ne la gère pas avec prudence, elle ne s’arrête brutalement. Dans de nombreux secteurs – notamment ceux considérés comme les plus porteurs par les investisseurs occidentaux, les signes de surcapacité et de baisse des marges se multiplient. Peu fiable, le système bancaire chinois ne semble pas capable d’évaluer correctement les risques liés au crédit. Les provinces, qui tiennent toujours à avoir chacune leur propre usine de construction automobile ou leur propre aciérie, continuent de tout faire pour attirer les investissements, sans trop se soucier de leur rentabilité. La politique gouvernementale est claire : les provinces sont priées de geler les autorisations d’investissement, et les banques d’octroyer les prêts avec plus de retenue. Même si, comme cela semble probable, l’atterrissage brutal tant redouté ne se produit pas, les efforts du gouvernement en vue de freiner les investissements dans certains secteurs affecteront inévitablement le reste de l’économie chinoise.

Le ralentissement économique chez ces deux géants touchera toutes les régions du monde.

Le Japon, qui reste la deuxième puissance économique mondiale, affiche des performances spectaculaires depuis un an. Mais sa croissance dépend fortement de ses exportations vers la Chine et les Etats-Unis. Les économies émergentes d’Asie, traditionnellement florissantes en période de progression rapide des échanges mondiaux, devront s’habituer à un effritement de la demande mondiale. L’Amérique latine, qui compte sur les capitaux étrangers pour reconduire un lourd endettement, devra supporter des coûts d’emprunt plus élevés. Seuls l’Europe occidentale et le Moyen-Orient verront leurs perspectives de croissance en 2005 égaler celles de 2004. Au Moyen-Orient, la raison tient au fait que les revenus pétroliers empliront les caisses des Etats et favoriseront les investissements. Mais en Europe occidentale, l’absence de ralentissement en 2005 ne fera que souligner la mollesse de la reprise de 2004 par rapport à celle d’autres régions du monde.

Il est important de replacer tous ces événements dans leur contexte. C’est un ralentissement qui se profile à l’horizon, pas une crise – sauf si se produisait un choc réellement catastrophique (le pétrole à 70 dollars le baril, par exemple, ou un plongeon soudain du dollar). De fait, l’année 2005 devrait ne pas s’avérer trop dure pour la croissance mondiale, par rapport à ces dix dernières années. Mais l’expansion sera bien plus faible qu’en 2004, et la tendance sera indéniablement à la baisse.

Robin Bew, Economiste en chef de l’Economist Intelligence Unit.

The Economist

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Une Réponse

  1. […] en 2004 déjà, un Economiste disait que si le baril atteignait les $70 le baril, ce serait “un choc réellement catastrophique“ qui entrainerait une […]

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