Création d’une Catégorie sur « Les Cycles de Kondratieff »

Aujourd’hui je décide de rajouter une nouvelle catégorie dédiée aux cycles de Kondratieff. Cela fait quelques années que je suis les travaux autour de ces cycles (un article publié sur mon ancien blog en 2005) avec intêret mais aussi en essayant de garder un certain recul. En effet, il est toujours dangereux de s’enfermer dans une seule logique.

Pourquoi une catégorie dédiée?

Il y a des très nombreuses choses à dire. De la présentation de Kondratieff, de Ian Gordon, des cycles, de ceux qui suivent les cycles de très près et qui tentent de claquer les cycles sur la réalité (Ian Gordon de « The Long Wave Analyst » en particulier). Par ailleurs, l’actualité semblant leur donner raison – au moins pour le moment – il me semble utile de suivre et débattre ce scénario catastrophique.

La Logique de Kondratieff

Elle repose sur des cycles à très long terme, avec 4 saisons. Donc sur le fait que le scénario est prévisible. Nous serions entrés dans l’HIVER depuis les hauts de l’année 2000. Depuis le scénario semble se dérouler comme prévu. La crise du crédit et de l’immobilier aux USA est le dernier exemple en date. La suite serait noire…

De nombreux parallèles sont faits avec la crise de 1929. On pourrait aussi penser que ces parallèles sont dangereux car l’environnement n’est pas du tout le même. Le modèle de Kondratieff semble s’appliquer au modèle américain. Kondratieff n’avait pas forcément anticipé la Mondialisation et la dilution des risques. Tous les pays ne sont pas organisés autour du modèle américain (heureusement), même si le dollar reste la devise de référence.

Par ailleurs, je privilégie plutôt le fait que les marchés sont irrationels, ce qui rend les prévisions quasi-impossibles. Il me parait très dangereux de vouloir modéliser les marchés financiers, se servir du passé pour pouvoir prédire l’avenir.

Qu’en est-il réellement?

Je suis baissier depuis début 2008. J’y vois là une période de baisse naturelle après une hausse continue entre 2003 et 2007. Je ne suis pas – pour le moment – dans la logique d’un cycle baissier prévu et prévisible.

Je ne vais certainement pas trancher le débat sur le thème « les marchés financiers sont-ils rationnels ou irrationnels » mais, à base de faits, je vais tenter de me faire une idée plus claire et précise sur la question. En effet je dois avouer que je suis un peu dérouté: d’un coté je crois fermement que les marchés sont irrationnels; d’un autre les faits semblent donner raison aux cycles de Kondratieff: l’hiver est là, rude; très rude.

L’Hiver (Glacial) de Kondratieff, par Ian Gordon

Ci-dessous est reproduit la traduction en français d’un article publié par le Financial Sense, datant du 27 Juillet 2002. Il s’agit d’une conversation entre Ian Gordon et Jim Puplava sur le thème: l’Hiver de Kondratieff.

Ian Gordon et Jim Puplava sont des gourous financiers, tous les deux adeptes des cycles de Kondratieff. Résoluments baissiers depuis quelques temps. On pourrait penser qu’ils défendent leur gagne-pain; mais encore une fois cet article date de 2002…

Sans doute décrié à l’époque, cette article prend toute sa valeur maintenant en 2008. Est-ce à dire qu’il faut suivre cela au pied de la lettre? Sans doute que non, mais cela vaut quand même la peine de garder ça sous le coude et surtout bien à l’esprit.

La version originale de la conversation, en anglais, se trouve sur le site Financial Sense.

JIM PUPLAVA: Ian Gordon est venu me rejoindre en cours d’émission. Il est vice-président de Canaccord, une entreprise de courtage basée à Vancouver. Il a fait ses études à l’académie militaire royale à Sandhurst et possède un Bachelor’s d’Histoire de l’université de Manitoba. Il est également le rédacteur de « The Long Wave Analyst». Ian, bienvenue.

IAN GORDON: Merci, Jim.

JIM: Je veux parler de votre bulletin, « The Long Wave Analyst», et j’ai pensé, que vous pourriez, auparavant, expliquer qui était Kondratieff, puisque beaucoup de votre travail est basé sur sa théorie des cycles économiques.

IAN: Kondratieff était un des principaux économistes russes des années 1920. Il a entrepris une étude fondamentale du capitalisme, dans laquelle il a formulé que l’économie fonctionne pendant de longs cycles d’expansion et de contraction. Chaque cycle a une durée approximative de 50 à 60 ans. Il a remonté en arrière, vraiment, jusqu’à l’aube de la révolution industrielle, aux environs de 1789, en examinant des questions comme le mouvement du capital, les prix et les mouvements de commerce international.

JIM: Maintenant, dans ce cycle de Kondratieff il y a quatre saisons, juste comme nous avons les quatre saisons de la nature. En fait, dans votre bulletin, vous citez W. D. Gann qui disait « Les quatre saisons de l’année nous enseignent qu’il y a un temps pour la récolte, un temps pour les semailles et un temps où nous ne pouvons pas renverser l’ordre naturel des choses. » Expliquez ces cycles.

IAN: En réalité, tout ce que j’ai fait, de même que d’autres auteurs s’intéressant à KONDRATIEFF, est de subdiviser le cycle en quatre saisons ou périodes, ce qui me semble le plus à-propos. Le Printemps étant la renaissance de l’économie. L’ Été étant la période où l’économie s’épanouit vraiment et où vous obtenez l’inflation. L’ Automne étant une période où les gens se sentent biens, quoique l’hiver se trouve juste devant eux. Vous avez toujours ces jours d’été indien et ainsi de suite. Puis l’Hiver étant le moment où l’économie dort, c’est aussi la saison où la dette est rincée de l’économie de sorte que cette économie puisse commencer à se régénérer avec le printemps.

JIM: Joseph Schumpeter, l’économiste autrichien, a dit que la vague de Kondratieff est l’outil le plus important et le plus simple dans la pronostication économique. Où en sommes-nous maintenant, à votre avis, en termes de ces quatre saisons?

IAN: Je ne pense pas qu’il y ait de doute que nous soyons maintenant en hiver. Nous sommes dans la période où la dette est nettoyée de l’économie, de telle sorte, comme je viens de le dire que l’économie puisse être renouvelée avec peu de dette dans le système. La période d’hiver commence au moment de la crête dans les cours des actions à la fin de l’automne. Nous savons à coup sur que nous entrons en période d’automne au moment où nous avons le départ d’un des plus grands marchés haussiers de notre vie, de même que probablement le plus grand marché haussier des Obligations et de l’Immobilier. — parce que quatre événements prédisent ces grands marchés haussiers d’Automne. Ces quatre événements se sont produits entre 1980 et 1982. C’était la crête dans les cours des matières premières, la crête dans les taux d’intérêt, la récession et le Bear Market (marché baissier) des actions. Je pense que beaucoup d’entre nous se rappellent le Bear Market 1981-82. Vous vous rappelez probablement aussi la crête dans les prix des matières en 1980 et la crête dans les taux d’intérêt en 1981. Ces mêmes quatre événements se sont produits entre 1920 et 1921 et pareillement ils se sont produits en 1864 et encore en 1816. Quand ces quatre événements viennent ensemble, et cela se produit seulement une fois par cycle, nous savons que nous allons entrer dans un grand marché haussier, le plus grand de notre vie. Et quand ce marché haussier atteint son plus haut, nous savons que maintenant c’en est la fin et que nous entrons en hiver. Normalement le plus haut du marché haussier des actions est signalé par un crash comme celui qui avait eu lieu en 1929. Nous avons eu la crête en septembre puis fin octobre 1929 nous avons eu le crash. Cette fois-ci nous n’avons pas eu de crash à proprement parler, parce qu’un crash est provoqué par la panique, une panique émotive, et nous n’avons pas vu cela encore. Bien que, je pense, nous ne sommes pas loin de voir cela maintenant.

JIM: Parlons d’une partie des éléments soutenant la longue vague de Kondratieff, qui sont essentiellement les vagues de l’inflation du crédit et de la déflation du crédit. Je me demande si vous pourriez discuter le rôle qu’ont joué l’inflation et la déflation du crédit dans ce cycle, dans ce genre de cycle de gonflement et d’éclatement que nous traversons.

IAN: Bien, quand le cycle de Kondratieff commence (et notre cycle actuel a commencé en 1949 avec le début du printemps), la dette a été nettoyée de l’économie pendant l’hiver précédent. Les gens étaient très, très circonspects. Ils redoutaient que la dépression ne revienne. Tout était payé comptant. Mais, pendant que l’économie commence à regagner une certaine force, car le Printemps progresse, certains commencent à emprunter l’argent pour leurs achats principaux comme le logement, mais ce sont les sociétés principalement qui empruntent pour se développer et répondre à la demande. Pendant l’Eté, les emprunts s’accélèrent, au fur et à mesure que la confiance croît. Les sociétés s’endettent tout à fait lourdement pour développer leurs entreprises. De cette sorte, l’emprunt est destiné à ce que j’appelle une cause valable, parce qu’il va développer le secteur des biens d’équipement de l’économie. Quand la récession frappe à la fin de l’Eté et que les taux d’intérêt montent en flèche, la FED prend peur soudain de la situation, et commence à réduire les taux d’intérêt, tout à fait nettement, et injecte des liquidités dans le système bancaire dans un effort de rétablir l’économie. Ce qui se produit alors est que la plupart des sociétés ont déjà emprunté tout au long de l’Eté, elles n’ont plus réellement besoin de grands emprunts ; aussi le gros des emprunts est fait par les consommateurs. Puisque les banques ont tout cet argent, il faut bien le mettre à la disposition de quelqu’un : elles le rendent disponible au consommateur. Les consommateurs commencent à emprunter tout à fait lourdement. Comme ils ont les emprunts à disposition, ils ont l’argent supplémentaire avec lequel faire des achats et du coup l’économie commence à repartir, et, naturellement, le marché des actions augmente avec l’économie. Ainsi les consommateurs assez tôt au cours de l’expansion commencent à placer de l’argent dans le marché des actions et vous obtenez la croissance de l’industrie des fonds commun de placement mutualiste et ainsi de suite, les marchés grandissant et attirant toujours plus d’argent des investisseurs et l’économie continuant à se développer. Les gens commencent à devenir riches en conséquence, et par la suite le système entier devient complètement écrasé par la quantité de dette, et cela se produit bien à la fin de la période d’automne. Les ETATS-UNIS ont maintenant, pour l’ensemble des gouvernements, sociétés et ménages, 32 mille milliards de dollars de dettes ( plus de 40 mille milliards en juillet 2003 ndlr). La majeure partie de cet argent va devoir être nettoyée de l’économie pendant l’hiver. Une fois le maximum de la dette atteint à la fin de l’Automne, cette dette se doit d’être éliminée de l’économie pendant l’hiver – Nous sommes probablement depuis 2 ans 1/2 dans l’hiver maintenant. La dette est nettoyée comme nous pouvons voir, par des faillites de sociétés. Nous venons juste d’en voir la plus grande dans l’histoire des ETATS-UNIS avec Worldcom. Avant Worldcom, la plus grande faillite était Enron à mon avis. Ainsi nous commençons à voir quelques très grandes faillites dues à l’endettement, ces dettes étant extraites hors de l’économie. En même temps, les consommateurs, aussi, commencent à se déclarer en faillite personnelle dans des chiffres record. Ainsi, nous avons commencé le processus de nettoyage de la dette.

JIM: Dans ce cycle nous avons certainement vu de grandes faillites avec Enron, Worldcom, Global Crossing, Kmart, Polaroïd. Comment expliqueriez-vous la hausse de l’immobilier aux ETATS-UNIS? Puisque, certainement, le modèle du consommateur a tenu le coup car les consommateurs ont pu refinancer leur dette et dégager des capitaux propres grâce à la revente de leurs maisons. Un bon nombre de gens croient que ce cycle de l’immobilier va continuer pendant une longue période, du moment que les gens se sentent plus confiants dans l’immobilier. Mais à moi, Ian, ceci apparaît comme une fin de cycle, une autre manifestation différente de la bulle.

IAN: Je suis d’accord avec vous, Jim. Je veux dire, c’est vraiment le cas. Le marché de l’immobilier est bâti sur la dette comme le marché des actions est établi sur la dette, car la dette marginale a atteint des niveaux record quand le marché des actions a atteint son sommet. Le marché de l’immobilier fait la même chose. Je pense que ce qui s’est produit, c’est que la Fed a rendu tout cet argent disponible en augmentant la masse monétaire tout à fait considérablement, et que l’argent a vraiment trouvé son chemin par le biais de Fannie Mae et autres vers les mains des consommateurs qui hypothèquent leurs maisons ou achètent des maisons à des prix plus élevés. Mais cette bulle, comme je dis, est construite sur la dette et tout le but de l’Hiver est de nettoyer l’économie de la dette. Aussi est-il difficile d’imaginer le marché de l’immobilier rester très haut face à un marché des actions en baisse où les consommateurs, qui sont également investisseurs en actions, perdent leur chemise. En outre, vous avez des consommateurs qui perdent continuellement leur travail. Il est difficile d’envisager que cette bulle (la bulle immobilière), due à la dette, puisse durer contre tout ce qui se passe ailleurs dans l’économie. Je pense que le marché de l’immobilier est parti pour se comporter exactement comme le marché des actions, et toute cette dette qui y a été injectée sera nettoyée.

JIM: Comment expliqueriez-vous les commentaires de M. Greenspan devant le comité de Sénat la semaine dernière? A plusieurs reprises, il a parlé de l’efficacité de la politique monétaire, des consommateurs et des dépenses, et du marché du logement qui est fort. Pensez-vous juste qu’il ne réalise pas sa propre bulle (spéculative) ou son rôle dans la création de cette bulle?

IAN: Je pense que M. Greenspan sait certainement l’ampleur de la bulle. J’ai eu un ami à Londres qui a connu Alan Greenspan dans les années 60 et Alan Greenspan, à ce moment-là, lui a dit « j’aimerais être Président de Fed quand le prochain l’Hiver de Kondratieff viendra, parce que je pense que je pourrais le surmonter en réduisant les taux d’intérêt et en imprimant assez d’argent pour neutraliser tous les aspects déflationnistes de l’économie » Il est certainement en train d’essayer cela. Ainsi, je pense qu’il a conscience de ce qui se passe. Les personnes officielles disent beaucoup de choses afin d’essayer d’apporter le calme au moment d’une calamité croissante du marché des actions et de l’économie.

JIM: Quel contraste faites-vous en comparant le rôle de la Fed aujourd’hui et son rôle pendant les années 20? Nous savons tous, grâce à nos lectures des sciences économiques, qu’il y a eu un grand boom du crédit qui a mené à l’hystérie des marchés des actions que nous avons vu dans les années 20, ce qui a par la suite conduit au crash, et, naturellement, à la dépression qui a suivi. Faites pour moi, Ian, la comparaison des années 20 avec cette période récente de l’Automne de Kondratieff.

IAN: Bien, naturellement, Jim, ce sont tous les deux des Automnes de Kondratief avec des marchés des actions haussiers. Le marché haussier 1921-29 S’est produit au cours du 3ème Automne de Kondratieff, et celui que nous venons juste de terminer est le 4ème automne de Kondratieff. Chacun des deux représente l’expérience d’une vie pour un investisseur. Fondamentalement, la Fed a agit de la même façon dans les deux cas. Il y avait un terrible Bear Market et une terrible récession entre 1920 et 21 suite au pic des taux d’intérêt, aussi la Fed a inondé l’économie avec de l’argent et abaissé les taux d’intérêt, juste comme ils ont fait à compter de 1981. Cet argent a par la suite réussi à pénétrer les marchés spéculatifs et en particulier le marché des actions. Mais la bulle spéculative n’a pas été alors aussi grande, parce que la Fed était limitée dans sa capacité de création monétaire, et parce que le monde était encore sur l’étalon de change Or. Ainsi, si la Fed avait pu imprimer (de l’argent) comme le fait Alan Greenspan maintenant, L’Amérique aurait manqué d’Or très, très rapidement. Cette fois-ci, il n’y a plus d’étalon Or pour limiter la capacité de création monétaire de la Fed. De sorte que la bulle a été, cette fois-ci, bien plus grande dans la taille. La bulle du marché des actions entre 1982 et 2000 a été de 2 fois et 1/2 la taille de la bulle de 1921-29.

JIM: Si nous regardons les niveaux de la dette, une des choses qui me frappe, en comparant notre situation d’aujourd’hui à celle des années 20, est le niveau de la dette qui imprègne toute la société. Nous l’avons certainement vu au niveau des entreprises dans les années 90, où les sociétés ont contracté plus de dettes. Nous l’avons vu au niveau du consommateur, où la dette des ménages a atteint des niveaux records. Et, encore une fois, bien qu’on nous ait dit que les déficits avaient été résorbés au cours des années 90, la dette fédérale (du gouvernement fédéral) est passée de 2 1/2 mille milliards ($) à presque 6,1 mille milliards aujourd’hui (6.7 mille milliards $ en juillet 2003 ndlr). Comparez avec moi la situation du gouvernement des ETATS-UNIS aujourd’hui par rapport au dernier Hiver de Kondratieff en 1930, période durant laquelle les ETATS-UNIS était principalement une nation créancière.

IAN: Dans les année 30 les ETATS-UNIS étaient la plus grande nation
créancière du monde. Fondamentalement les ETATS-UNIS avaient financé les alliés au cours de la première guerre mondiale et ont ainsi fait une très bonne affaire. Cette fois-ci, les ETATS-UNIS entrent dans cet hiver de Kondratieff comme la plus grande nation débitrice du monde. C’est donc une inversion complète des rôles. D’ailleurs, la plus grande nation créancière cette fois-ci est le Japon, qui je crois va remplacer les ETATS-UNIS en termes de leadership économique au début du cinquième cycle de Kondratieff. Ce que je veux dire ici, c’est qu’il est possible que ce soit le Japon, à l’entrée du prochain cycle, qui soit l’économie prépondérante mondiale. Tout comme les USA ont remplacé la Grande-Bretagne comme principale puissance économique après le dernier hiver de Kondratieff. Je pense que nous avons eu un avant-goût de ceci dans les années 1980.

JIM: Maintenant si nous regardons les marchés au cours des dernières années, nous avons eu trois années consécutives de pertes pour le marché des actions. En fait, au moment où nous parlons tous les deux, c’est un autre jour baissier pour les marchés financiers. Nous avons les valeurs industrielles du Dow au plus bas annuel de 23% de date à date . Le S&P a chuté de presque 31%. Le Nasdaq est en baisse de 37%. Ian, je veux que vous abordiez la question de la psychologie de foule dans ce cycle de Kondratieff parce que, en dépit de trois ans de pertes consécutives, nous n’avons pas vu les grands jours de crash comme en 1987 ou en octobre 1929. Les investisseurs individuels se tiennent toujours debout, pour la plupart, parce que jusqu’à ces derniers jours, les retraits d’argent sortant des fonds communs de placement mutualistes avaient été plutôt marginaux. En réalité, nous avons assisté à l’entrée d’argent frais dans ce secteur.

IAN: Je pense que la différence entre 1929 et disons 2000 est que, dans les années 20, au mieux, seulement 5% d’américains étaient investis sur le marché des actions. Ainsi, il n’a pas fallu beaucoup pour faire paniquer ces 5%. Cette panique s’est produite très rapidement après que les cours aient atteint leur sommet en septembre 1929. Cette fois-ci, nous avons plus de 50%. En outre le dernier marché haussier d’automne (de K) a pris beaucoup plus de temps pour atteindre son plus haut que le marché actions 1921-29, en raison du fait, je pense, que les gens ont été conditionnés à acheter à la baisse et à garder pour le long terme. Je pense que c’est seulement maintenant que cette psychologie – c a d que les marchés montent toujours — commence lentement à faiblir, et les gens sont très, très nerveux en ce moment. Vraiment, si vous regardez le cycle psychologique, vous voyez, au plus haut du marché des actions, que la foule est euphorique. Elle est pleine de confiance que l’argent vient facilement, et qu’ils ne peuvent pas se tromper. Alors pendant que les actions chutent, la foule commence à avoir des soucis. Puis les soucis se transforment en crainte pendant que les actions continuent leur chemin vers le sud. Au delà de la crainte, la prochaine ligne de conduite pour la foule devrait être la panique. Ainsi, je pense que nous sommes au stade de la crainte et je crois que nous verrons la panique quand les gens diront, « Tout ce que je veux, c’est me sortir de là. Je ne veux plus entendre parler des actions, du restant de ma vie. » et ils ne voudront probablement plus posséder une seule action de toute leur vie.

JIM: Jusqu’ici, nous n’avons pas vu cette phase de capitulation, n’est ce pas votre avis? En d’autres termes, au moment où nous parlons nous commençons à peine à voir un peu de cela avec des baisses à trois chiffres sur le Dow quasi-quotidiennement.

IAN: Je ne le pense pas vraiment. Je pense que la capitulation vient de la panique — je veux dire quand les gens courent juste pour trouver la sortie. Nous n’avons vraiment pas vu cela encore. Le 29 Octobre 1929 le Dow s’était affaissé de 16% en un seul jour et, jusqu’à présent nous n’avons rien vu de pareil ou de mouvement comparable. Peut-être a-t-on essayé de maintenir le Dow. Le Dow est un marché très petit – seulement 30 actions. Nous n’avons vraiment pas vu la panique comme en 1987, quand les gens se sont jeté hors de leurs fonds communs de placement mutualistes, en criant « sortez-moi de là! »

JIM: Ce qui est souvent vu dans la presse financière de ces derniers temps et que vous pouvez voir aux info du soir, c’est qu’il y a un grand tollé contre la fraude et les scandales qui touchent actuellement les marchés, très semblables à ce que nous avons vu avec le scandale de l’ « Insult Utility Scandal » de la fin des années 20. Il y a un cri pour que le gouvernement fasse quelque chose à ce sujet. Je me demande si vous pourriez dire un mot sur le fait qu’il n’y a rien que le gouvernement, le congrès, ou un président puissent faire pour arrêter ce cycle autonettoyant, sauf à le rendre pire.

IAN: Etant canadien, je ne veux rien dire sur ce que les USA doivent faire ou ne pas faire. Mais mon sentiment est que, encore une fois, si vous regardez la psychologie, ce qui vraiment se dégage, c’est un état de convoitise à laquelle tout le monde veut participer. Tout le monde a voulu que ces cadres d’entreprises produisent parce que quand ils ont produisent, le cours des actions de leurs sociétés s’envolent. Ainsi c’est un système qui a vraiment encouragé les mensonges et le maquillage qui maintenant deviennent évidents. Mais, en vérité, tout le monde était partie prenante à cela, dans une certaine mesure, parce qu’ils l’ont tous encouragé. Ils ont voulu le voir se produire. Pour moi, plus vous mettez en place de règles pour mettre fin à ce genre de choses, moins vous avez d’effet. Ce que nous verrons par la suite, c’est que le marché baissier atteindra éventuellement son plus bas en même temps que plus personne ne voudra posséder d’actions à ce stade. Toutes ces nouvelles lois ne seront nécessaires qu’au moment du prochain marché haussier de Kondratieff, dans environ 50 ou 60 années, et il est probable qu’elles seront abrogées longtemps auparavant, tout comme la Loi Glass-Steagall Act qui a été mise en application juste après le crash de 1929 et qui a été abrogée pendant le récent marché haussier des actions.

JIM: Ainsi il n’y vraiment rien en ce moment qu’un président puisse dire ou le congrès faire qui pourrait arrêter le déploiement de ce marché Bear, et partant, empêcher cette bulle de crédit de se nettoyer? La dette est la dette. Je ne pense pas, en tout cas je ne crois pas, que le gouvernement des USA assura une garantie pour le marché des actions.

IAN: non, je ne le crois pas non plus. S’il le fait, vous pourriez dire, « on verra. » Mais fondamentalement, vous avez mis de côté l’idée que le marché des actions est un marché libre. A agir de la sorte, l’Etat obtiendrait un marché où plus personne vraiment ne voudraient investir. Personne ne se sentiraient à l’aise si le gouvernement garantissait toujours fondamentalement les marchés. Les actions ne pourraient seulement que monter. En d’autres termes, les garanties couvriraient les pertes, que le gouvernement prendrait à son compte au nom des investisseurs. Je n’arrive tout simplement pas à l’imaginer. Je pense vraiment que le Cycle doit se dérouler pour de bon. Nous avons trop de dette dans le système. Le système, l’économie, doit se nettoyer de cette dette et c’est tout l’objectif de l’hiver de Kondratieff. Ainsi, je ne pense pas que quiconque puisse arrêter ce processus même si il est évident que certains essayent de l’enrayer. La Fed imprime beaucoup d’argent, afin d’amplifier la masse monétaire de façon colossale. Mais encore, comme je le dis, cet argent devrait en réalité finir entre les mains des entreprises et des consommateurs. D’un autre côté, vous avez les banques qui sont maintenant probablement peu disposées à prêter, excepté aux clients les plus solvables. Vous avez des entreprises qui ne peuvent plus emprunter car elles sont déjà presque en faillite. Vous avez les ménages qui ne peuvent plus emprunter, car déjà endettés jusqu’au cou, et commencent à perdre leur travail.

JIM: Je me demande si vous pourriez expliquer où vous pensez que le Dow va se diriger. Au dernier hiver de Kondratieff, la livre britannique était la devise suprême. Elle a été considérée comme la première devise mondiale. Nous avons maintenant un système monétaire, qui est basé sur le dollar. Que voyez-vous arriver au dollar et au système monétaire dans ce processus?

IAN: Je crois vraiment que le système monétaire mondial s’effondrera au cours du présent hiver de Kondratieff, beaucoup comme il l’a fait en 1932 et 1933, où le système mondial de l’étalon or s’est effondré. La Grande-Bretagne est sortie du système de l’étalon or en septembre 1931 et a été suivie de plusieurs autres pays. Et par la suite, en fait, les ETATS-UNIS en sont sortis aussi. Sous le règne de ce système, aux USA, toute personne pouvait échanger son papier monnaie contre de l’or. Nous avons maintenant un système fiduciaire. Par ailleurs, je pense que c’est la première fois, dans toute l’histoire, que le monde entier est géré par un système de papier monnaie, le système du dollar des ETATS-UNIS. Je pense que ce système de monnaie fiduciaire va s’effondrer, de la même façon que le système de l’étalon or s’était effondré en 1930. Ainsi cela ne présage rien de bon pour le dollar américain.

JIM: Si ça ne présage rien de bon pour le dollar américain, qu’est-ce que cela signifie pour le reste du monde? Juste en jetant un coup d’œil à la dernière décennie (1990), vous avez eu la crise du peso en 1994, auparavant vous avez eu la crise des S&L dans notre système financier ici aux États-Unis. Nous avons eu la crise de la dévaluation des devises asiatiques en 1997. Vous avez eu le Long-Term Capital Management. Vous avez eu la Russie en 1998. Puis la Turquie en 2001, je crois. Nous venons d’avoir l’Argentine, qui ressemble beaucoup au Brésil. Donc, sur le plan mondial, nous voyons ce système monétaire entier, un système monétaire fiduciaire, se fissurer. Où cela nous mène-t il ? Et, à votre avis, l’or est-il en train de passer de son rôle de matière première à celui de vraie monnaie ?

IAN: Je crois que oui. Je dis que la raison en est que le monde entier a adopté un système de monnaie fiduciaire. Toutes les devises du monde — l’euro, le Yen et ainsi de suite — sont toutes en papier, soutenues par rien, excepté par la dette. En raison de ceci, je pense que les gens vont exiger une certaine discipline de leurs gouvernements. Ce que nous avons ici, c’est un manque total de discipline. Vous avez une Fed qui bat tous les records de création monétaire. Je pense qu’à cause de cela, et fondamentalement à cause du crash dans les actifs monétaires des années 1990, les gens vont exiger le retour à une certaine stabilité dans le système monétaire. L’or, traditionnellement pendant 5000 années, a toujours joué ce rôle. Je pense que d’une façon ou d’une autre, il jouera un rôle encore.

JIM: Qu’est-ce que cela signifie en termes d’investissements? Nous avons parlé de cet hiver de Kondratieff où vous passez par ce long cycle de nettoyage sur les marchés, où cette dette est nettoyée du système de sorte que nous puissions obtenir un nouveau départ ou renaissance de l’économie et des marchés financiers. Comment peut-on survivre à l’ hiver de Kondratieff?

IAN: Les deux investissements généralement de bon sens lors de l’ hiver de Kondratieff sont l’argent comptant et l’or. L’argent comptant parce qu’il y a des actifs qui se déprécient tous les jours, et vous avez donc la capacité de les acheter à des prix beaucoup plus bas avec votre argent comptant. L’or reprend un rôle en tant que monnaie. Encore une fois, en utilisant l’expérience du dernier hiver de Kondratieff, nous pouvons voir vraiment ce qui est arrivé à l’or. Entre 1929 et 1936, Homestake Mining– et j’utilise une société minière plutôt que l’or lui-même – Homestake donc est monté de 600%, ce qui en réalité était plus que les excès du marché actions, lequel avait gagné 500% seulement entre 1921 et 1929. J’emploie Homestake parce que, naturellement, le prix de l’or était règlementé, parce que nous étions dans le système de l’étalon de change or. Ainsi, au début, le prix de l’or était fixe à $20,67, et plus tard augmenté par Roosevelt en 1933 à $35,00 par once. Mais avec ce prix rigide, vous avez pu voir une action aurifère s’apprécier de 600%. Je trouve ceci tout à fait remarquable parce que les gens ont voulu posséder de l’or et une façon d’y arriver, surtout après que Roosevelt l’ait confisqué, était de posséder des actions de sociétés aurifères, dont les actionnaires ont un droit de propriété sur les réserves aurifères encore enfouies dans le sol.

Portrait de Nikolai Dmitrijewitsch Kondratieff

Kondratieff

Nikolai Dmitrijewitsch Kondratieff (1892 – 1938) est un économiste soviétique célèbre pour sa théorie des cycles économiques. Il est mort fusillé au Goulag où il avait été déporté à la fin d’un procès initié par Staline.

Kondratiev fut membre du parti SR sous le tsarisme. Pendant la révolution russe de février 1917, il fut adjoint au ministre du Ravitaillement des gouvernements Lvov et Kerensky. Dans les années 1920, il est le brillant directeur de l’Institut des Conjonctures Economiques au Commissariat du Peuple aux Finances. Son passé, mais aussi ses théories gênantes démontrant que le capitalisme reprendrait son expansion après chaque crise, lui valut les foudres de Staline. En 1930, Kondratiev fut un accusé-vedette du procès truqué du « Parti Industriel », une conspiration imaginaire dont on l’accusa d’être un pivot. Condamné à la déportation au Goulag, il y mourut sept ans plus tard, fusillé pendant les Grandes Purges.

Au cours des années 1920, Nikolaï Kondratieff a émis l’hypothèse de l’existence de cycles longs à partir de séries chronologiques des prix de gros au Royaume-Uni et aux États-Unis de 1790 à 1920.

Bien que ses conclusions présentent certaines faiblesses (traitement statistique contestable de certaines données, non convergence des cycles dans tous les pays), Kondratieff est devenu célèbre pour sa thèse de cycles récurrents tous les 30 à 60 ans (1792-1850, 1850-1896, et 1896-1940) dont la phase ascendante est caractérisée par une forte croissante et une prise de risque élevée des entreprises, qui se multiplient (entreprises de type familial). La phase B ou descendante (appelée dépression) souvent accompagnée de phénomènes critiques ponctuels (ex: crise des années 20) est caractérisée par une hausse du chômage et une concentration des entreprises pour survivre face à la crise.

Source: wikipedia

Une autre présentation (en anglais) est disponible ici